Chronologie d’un surréaliste
Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech naît le 11 mai 1904 à Figueras, en Catalogne, neuf mois après la disparition de son frère aîné, Salvador, mort à l’âge de sept ans le 1er août 1903. Cette tragédie familiale marquera profondément l’artiste, qui se construira avec le sentiment d’être le reflet d’un autre lui-même : "Je suis né double. Mon frère, le premier essai de moi-même, génie extrême et donc non viable, avait pourtant vécu sept ans avant que les circuits accélérés de son cerveau ne s’enflamment." Dès l’enfance, son existence semble placée sous le signe du rêve, du mystère et de la réinvention.
En 1922, Dalí rejoint l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando à Madrid et fréquente la Residencia de Estudiantes, haut lieu de l’avant-garde espagnole, où il se lie avec Luis Buñuel et Federico García Lorca. Cette période nourrit son goût pour l’expérimentation et la provocation. En 1923, il est brièvement arrêté dans un contexte de troubles politiques et étudiants. En 1926, son parcours académique s’achève brutalement lorsqu’il est définitivement exclu de l’école après avoir refusé de se présenter à un examen oral, déclarant que ses examinateurs n’étaient pas compétents pour juger son travail.
L’été 1929 bouleverse sa trajectoire. À Cadaqués, il rencontre Paul Éluard et son épouse Elena Ivanovna Diakonova, surnommée Gala. Entre eux, l’attachement est immédiat. Elle devient sa muse, sa confidente et sa partenaire artistique, une présence essentielle dans sa vie comme dans son œuvre. La même année, une violente dispute avec son père et sa sœur Anna-Maria, son modèle privilégié durant sa jeunesse, souvent représentée de dos face à une fenêtre, entraîne une rupture familiale définitive.
En 1930, Dalí et Gala achètent une première petite maison de pêcheur à Port Lligat, près du cap de Creus, un paysage sauvage de roches, de lumière et de mer qui deviendra le cœur battant de son univers créatif. Au fil des années, le couple agrandit progressivement cette demeure en acquérant les habitations voisines. Transformée en un labyrinthe intime ouvert sur la Méditerranée, la maison de Port Lligat devient l’un des lieux les plus emblématiques du surréalisme et le refuge où Dalí façonnera une grande partie de son imaginaire.
Salvador Dalí et Gala : la naissance d’un couple légendaire
En 1934, Salvador Dalí épouse civilement Gala à Paris, scellant l’un des partenariats les plus fascinants de l’histoire de l’art moderne. Muse, complice et véritable architecte de sa carrière, Gala devient dès lors une figure centrale de son univers créatif. Peu après, le couple traverse l’Atlantique pour rejoindre New York à bord du Champlain, un voyage rendu possible grâce au soutien financier de Pablo Picasso. Aux États-Unis, Dalí provoque l’émerveillement : son extravagance, son sens du spectacle et son imaginaire surréaliste révèlent au public américain une nouvelle manière de penser l’art.
En décembre 1934, après une réunion à Paris, les tensions avec le groupe surréaliste s’intensifient. André Breton finit par l’exclure du mouvement, notamment en raison de ses positions politiques jugées incompatibles avec l’esprit révolutionnaire du groupe. En 1936, alors que la guerre civile espagnole éclate, Dalí s’éloigne progressivement de son pays natal. La même année, le 18 août, Federico García Lorca, poète et figure majeure de l’avant-garde espagnole, est assassiné à Grenade.
En 1939, puis au début des années 1940, Dalí et Gala s’installent aux États-Unis pour fuir les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale. Cette période américaine marque une nouvelle étape dans sa carrière : il réalise de nombreux portraits de personnalités influentes, collabore avec le monde du spectacle et développe également ses premières créations de bijoux. En 1948, après cet exil outre-Atlantique, le couple revient en Catalogne et retrouve Portlligat, ce refuge méditerranéen qui deviendra l’un des lieux emblématiques de son œuvre.
Les années 1950 et 1960 correspondent à une période de grande maturité artistique, durant laquelle Dalí explore la spiritualité, la science et les grands mythes avec des œuvres majeures comme La Madone de Port Lligat (1950), Le Christ de saint Jean de la Croix (1951) et /i>Corpus Hypercubus (1954), avant Le Toréador halluciné (1970). En 1956, il publie Les Cocus du vieil art moderne, un texte critique consacré à sa vision singulière de l’art contemporain. Le 8 août 1958, Dalí et Gala célèbrent leur mariage religieux au sanctuaire des Anges de Sant Martí Vell, près de Gérone, dans une cérémonie intime.
En 1964, Dalí reçoit la Grande Croix d’Isabelle la Catholique, l’une des plus prestigieuses distinctions espagnoles. En 1969, il acquiert le château de Púbol et le transforme en résidence-refuge pour Gala, imaginée comme un écrin à son image. Enfin, le 28 septembre 1974, le Théâtre-musée Dalí ouvre ses portes à Figueres, offrant à l’artiste un monument unique où se mêlent peinture, architecture et mise en scène de son propre mythe.
- | Dalí Atómico | © Fundación bancaria "la Caix"
- | Salvador Dalí, contains: 40 Films | © A British Pathé Workspace
Guggenheim Museum de New York
En 1978, le musée Guggenheim de New York présente sa première peinture hyper-stéréoscopique de Salvador Dalí : Dalí soulève la peau de la Méditerranée pour montrer à Gala Dalí la naissance de Vénus.
En 1982, le roi d’Espagne lui confère le titre de marquis de Dalí de Púbol. Le 10 juin de la même année, Gala décède dans sa résidence de Portlligat. Profondément éprouvé par la disparition de sa muse, Dalí quitte définitivement Portlligat pour le château de Púbol, où il réalise sa dernière œuvre, La queue d’aronde.
En 1984, il est gravement brûlé lors de l’incendie de sa chambre. Salvador Dalí s’éteint à l’hôpital de Figueres le 23 janvier 1989. Conformément à ses volontés, il est embaumé puis exposé au Teatre-Museu Dalí, où il repose aujourd’hui. Une simple dalle marque son tombeau. Dans son testament, l’essentiel de ses biens et de ses œuvres est légué à l’État espagnol.